Après la suppression de son intervention télévisée la semaine dernière en raison de l’incendie de Notre-Dame de Paris, le chef de l’Etat a convoqué une conférence de presse à l’Elysée ce jeudi. L’idée d’une mesure visant à faire « travailler plus » les Français sème le trouble, tandis que l’absence de décision forte pour l’environnement est critiquée.
Sortie du grand débat, acte II. L’incendie de Notre-Dame de Paris la semaine dernière a chamboulé le calendrier minutieusement préparé par Emmanuel Macron, qui prévoyait une allocution solennelle, suivie quelques jours plus tard d’une conférence de presse. Les fuites dans la presse de ses propositions issues de son allocution enregistrée mais non diffusée ont ajouté une dose de confusion.
En convoquant une conférence de presse ce jeudi dans la salle des fêtes de l’Elysée – la première du quinquennat sous ce format – Emmanuel Macron entend reprendre la main. Si la semaine dernière a été marquée par un bref climat d’union nationale après l’incendie, la politique va très vite reprendre ses droits.
Week-end au Touquet
Après un week-end de Pâques passé au Touquet où il s’est offert un petit bain de foule, Emmanuel Macron devra trouver les mots et les idées pour convaincre. Loin d’afficher les changements promis par trois mois de grand débat – « rien ne sera comme avant », avait encore promis la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye début avril – ses premières propositions ont plutôt suscité des polémiques et des incompréhensions, tout en étant critiquées pour leur manque d’ambition. Emmanuel Macron entend pourtant lancer la seconde phase de son quinquennat.
L’idée de supprimer l’ENA s’est heurtée à une montée au créneau des anciens élèves, tandis que nombre de responsables politiques ont dénoncé la démagogie de la proposition.
Travailler plus ?
Venue après la polémique sur l’âge de départ à la retraite , l’idée de travailler plus pour financer la dépendance s’est heurtée aussi à une virulente opposition, notamment de la part des syndicats. « Le retour des vieilles lunes qui n’ont donné aucun résultat », a dénoncé dans le « JDD » Yves Veyrier, le leader de FO.
L’absence de propositions concrètes – fin des 35 heures ? journée fériée travaillée ? – n’a rien arrangé car dans son allocution, Emmanuel Macron s’est contenté d’évoquer la nécessité de « produire davantage ». Dans le sillage de l’Elysée, les responsables de la majorité instillent l’idée de travailler plus.
Environnement
Enfin, l’absence de mesures d’ampleur sur l’écologie et l’environnement a été remarquée, alors que la mobilisation citoyenne est forte sur ces deux thèmes. Sévère, l’ancien ministre et numéro deux du gouvernement Nicolas Hulot a dénoncé samedi dans les colonnes de « Libération » un exécutif « qui se contente d’acheter la paix sociale à travers des annonces qui touchent à des scandales du quotidien […] mais sans engager le début d’une politique de transition écologique et solidaire ».
De ce fait, les responsables de la majorité ont dû se montrer rassurants sur cette question. « J’attends […] des mesures complémentaires sur ce sujet car pour nous, dans la campagne européenne, c’est la première urgence, l’urgence climatique. Nous échangeons avec le président pour des mesures complémentaires », a déclaré lundi, sur Europe 1, Pascal Canfin, numéro 2 de la liste LREM pour les élections européennes .
« Ni reniement ni entêtement »
Les mesures pour la sortie du grand débat ne sont donc pas complètement arrêtées. Les fuites de la semaine dernière, si elles ont provoqué la colère de l’Elysée, ont eu au moins le mérite de mesurer les réactions, ce qui permettra à Emmanuel Macron d’affiner son dispositif. Avec, en toile de fond, cette étroite ligne de crête – « ni reniement ni entêtement » qu’il a définie lors de son déplacement en Bretagne début avril. « Emmanuel Macron ne peut pas renoncer à son projet initial et il doit garder le cap », estime un ancien ministre. Il doit aussi prendre en compte la colère qui s’est affichée pendant le grand débat, alors que les « gilets jaunes » maintiennent la pression. Samedi dernier, les violences ont eu lieu pour l’acte XXIII. Et une nouvelle journée à haut risque se dessine pour le 1er mai.
(Les Echos 23/04/2019)